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Ceux qui pensent que Balzac n’a écrit que de gros romans ennuyeux pourront essayer de se réconcilier avec un de nos plus grands écrivains en lisant cette petite nouvelle, Adieu.

Certes ce n’est pas gai, comme souvent dans son oeuvre, mais quelle force, quel style et quel sens du récit.

Le colonel de Sucy chasse en forêt par une belle journée de l’été 1819. Il tombe par hasard sur une grande demeure délabrée où se promène une jolie femme. On comprend vite qu’elle est folle et, en la reconnaissant, notre bel officier tombe évanoui de saisissement. C’est l’amour de sa vie, la comtesse de Vandières.

Ils ont été séparés pendant la retraite de Russie et le colonel ne savait pas ce qu’elle était devenue.

Au delà de cette tragique histoire d’amour, Adieu est l’occasion pour Balzac de nous peindre magistralement le passage de la Bérézina. Il avait prévu, dans le très ambitieux plan de son oeuvre, de développer davantage les « Scènes de la vie militaire ».

Il n’en eut pas le temps, pour notre grand regret, et nous devons nous contenter de quelques passages foudroyants comme cette scène inoubliable de la retraite de Russie : »L’heure de la catastrophe était venue. Le canon des Russes annonça le jour. Maitres de la Studzianka, ils foudroyèrent la plaine et, aux premières lueurs du matin, le major aperçut leurs colonnes se mouvoir et se former sur les hauteurs. Un cri d’alarme s’éleva au sein de la multitude, qui fut debout en un moment. Chacun comprit instinctivement son péril, et tous se dirigèrent vers le pont par un mouvement de vagues. Les Russes descendaient avec la rapidité de l’incendie. Hommes, femmes, enfants, tout marcha sur le pont. Le général Éblé venait de mettre le feu aux chevalets de l’autre bord. Malgré les avertissements donnés à ceux qui envahissaient cette planche de salut, personne ne voulut reculer. Non seulement le pont s’abîma, chargé de monde, mais l’impétuosité du flot d’hommes lancé vers cette fatale berge était si furieuse, qu’une masse humaine fut précipitée dans l’eau comme une avalanche. On n’entendit pas un cri mais le bruit sourd d’une pierre qui tombe à l’eau. Puis la Berezina fut couverte de cadavres ».

Adieu, cette petite nouvelle peu connue, décrit le passage de la Berezina comme nulle part ailleurs. Le génie de Balzac y est éclatant.