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En ce mois de novembre 1918, l’armée de Salonique, comme l’appelle pompeusement l’état-major, est à l’agonie. Le régiment a dû marcher six-cents kilomètres en quinze jours à travers les paysages montagneux de la Macédoine, puis de la Bulgarie. Dysenterie et paludisme ont décimé les effectifs. Les survivants, hagards et épuisés, campent dans un bois sous une pluie torrentielle en attendant les ordres. Justement, le colonel arrive et annonce la fin de la guerre sur le front occidental.
Pour le lieutenant Conan, ce petit malouin râblé et puissant, c’est la fin d’une grande aventure. A la tête de son corps-franc, cinquante hommes qui lui sont totalement dévoués, il a mené des coups de main d’une incroyable audace contre les Allemands. A vingt-trois ans « cinq étoiles et trois palmes se touchent sur le ruban trop court de sa croix de guerre ». Il raconte à son ami, lieutenant comme lui mais en plus intellectuel, son analyse très personnelle de la guerre : » Tuer un type, tout le monde pouvait le faire, mais, en tuant, loger la peur dans le crâne de dix mille autres, ça c’était notre boulot ! Pour ça, fallait y aller au couteau comprends-tu ? C’est le couteau qui a gagné la guerre, pas le canon ».

C’est finalement à Bucarest que le régiment doit faire le défilé de la victoire. Les jours, les semaines passent et les hommes ne comprennent pas pourquoi ils ne rentrent pas chez eux. Le corps-franc du capitaine Conan, après s’être couvert de gloire, s’ennuie dans l’inaction. Les héros deviennent délinquants, couverts par leur chef, lui-même en butte à la hiérarchie militaire qui le déteste et il le lui rend bien.

Mais les crimes succèdent aux rapines et il faut sévir. Les conseils de guerre se réunissent présidés par un officier, ami de Conan. L’affrontement est âpre et les dialogues superbes entre le guerrier inapte à la discipline et l’officier de tradition.

Le sujet du baroudeur incompris a souvent été traité dans la littérature guerrière mais rarement avec autant de justesse et sans manichéisme.

Roger Vercel, avant tout écrivain de la mer, a écrit ce roman guerrier qui est à part dans son œuvre et lui valut le prix Goncourt. Vercel a combattu lui-même sur le front d’Orient, une guerre bien oubliée mais aussi cruelle que celle d’Artois ou de Champagne.

Un roman puissant qui salue le vrai courage.