« Pourquoi me tuez-vous ? _ Eh quoi ! Ne demeurez-vous pas de l’autre côté de l’eau ? Mon ami, si vous demeuriez de ce côté, je serais un assassin et cela serait injuste de vous tuer de la sorte; mais puisque vous demeurez de l’autre côté, je suis un brave et cela est juste ».

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C’est par cette citation extraite des Pensées de Pascal que s’ouvre le livre du Général de La Motte qui, au soir de sa vie, a choisi de raconter sa guerre d’Indochine.

Jeune lieutenant jugé « incommendable » par son chef de corps, Dominique de La Motte se porte volontaire pour mettre sur pied un commando de partisans, conformément aux instructions du général de Lattre de Tassigny. De février 1951 à juin 1952, il devient « un roi de guerre  » avec une autonomie presque totale. Il recrute, dessine lui-même l’uniforme de son commando, préside lui-même aux mariages dans les villages ralliés, définit ce qui est permis et ce qui ne l’est pas, sous l’œil vigilant de ses partisans qui ne lui pardonneraient pas la moindre injustice.

Avant de faire la guerre, le jeune lieutenant doit comprendre un minimum l’invraisemblable kaléidoscope qui l’entoure. Son mentor est un vieux Chinois, retraité de la coloniale : « il était un peu gâteux, malin et plus raciste qu’il n’est possible. Sa hiérarchie des races n’était pas celle du comte de Gobineau. Il y avait, au-dessus de tout, les Chinois. Et puis, bien plus bas, les Blancs, les Tonkinois, les Annamites, les Cochinchinois, enfin les Khmers du Cambodge, sous-race parfaitement méprisable. Mon commando présentait la particularité d’être composé pour un tiers d’Annamites de Cochinchine et pour deux-tiers de Khmers provenant de la Plaine des Joncs en Cochinchine, les autres du royaume du Cambodge. Le mélange était détonnant, surtout quand j’y ai rajouté un Tonkinois assez redoutable ».

Seul, inexpérimenté, il va apprendre avec un courage, une intelligence et une humilité qui forcent l’admiration, à gagner la confiance des villages, à commander ses volontaires (tout en sachant qu’il y a nécessairement des infiltrés viets parmi eux) et à faire la guerre.

Enfin, il ira de l’autre côté du fleuve affronter l’ennemi.

Au-delà de l’exploit militaire, la sobriété du récit, son style limpide, et sa force morale en font, en toute simplicité, un très beau livre.