Miss Mackenzie a trente-cinq ans. Elle est célibataire, bien qu’elle ait eu un soupirant dix ans auparavant, mais son frère Walter, malade et tyrannique, s’était opposé à leur amour. Un amour relatif d’ailleurs, chacun s’est fait une raison assez facilement.

Cette vieille fille, comme son entourage la qualifie de façon définitive, n’est pas sans grâce. Mais elle est modeste, discrète et personne ne la remarque vraiment. Elle soigne Walter avec dévouement, comme une chose naturelle. A la mort prématurée de ce dernier, Margaret Mackenzie hérite d’une coquette somme : Walter a refait son testament pour marquer sa gratitude.

Il lèse ainsi le frère aîné, Tom, qui s’y attendait mais espérait tout de même. Tom avait de l’argent, mais il a fait de mauvaises affaires. Il est maintenant « boutiquier » comme l’on dit avec mépris dans l’Angleterre victorienne. Il fabrique et vend de la toile cirée avec un succès mitigé. Il a de nombreux enfants et une épouse aigrie qui fera bien sentir à Margaret que son héritage est immoral. C’est aussi ce que pense la famille Ball, de petite noblesse comme les Mac Kenzie à laquelle elle est apparentée.

Mrs Ball pense que l’argent des Mackenzie revient à sa famille, devenue fort désargentée, en particulier à son fils John. Il est veuf, a sept enfants mais Mrs Ball ne doute de rien : elle invite Margaret en séjour pour qu’elle épouse John. Les Ball ne sont pas les seuls sur les rangs de la nouvelle fortunée : Samuel Rubb est intéressé. Il est aux premières loges puisque son père est associé avec Tom, le boutiquier. Samuel ne semble pas très honnête mais il est vif, souriant et ne doute de rien.

Lassée de l’hostilité de sa belle-sœur, Margaret fuit ailleurs, à Littlebath. Elle s’insère, un peu malgré elle, dans l’entourage du pasteur, dont la femme, très rigoriste, fait régner une terreur morale toute protestante. Le vicaire Maguire, adjoint du pasteur, est également intéressé. Il n’a pas d’argent et ne veut surtout pas laisser passer l’occasion.

La vieille fille croule dès lors sous les courtisans. Qui va l’emporter ?

Les lecteurs de ce blogue connaissent bien Anthony Trollope et ont apprécié, n’en doutons pas, ses quatre volumes des chroniques de Barchester (Le Directeur, Les tours de Barchester, Le docteur Thorne, la cure de Framley). On retrouve dans Miss Mackenzie les ingrédients qui ont fait son succès littéraire : des personnages attachants ou détestables, sans qu’on le sache toujours au début de leur apparition. Il faut rajouter une pincée d’ironie (voire une avalanche) contre le clergé intéressé, contre une certaine bourgeoisie respectable mais pour qui le fond compte finalement peu et des innocents qui subissent, effarés, des assauts déchaînés. De bonnes âmes finissent par les sauver.

Sans avoir la force littéraire du Docteur Thorne (peut-être le meilleur Trollope dans notre sélection), Miss Mackenzie se lit avec plaisir et le lecteur est bercé par le style parfait et l’œil acéré d’un des plus grands écrivains anglais.