Dans un petit village du nord, dont nous ne connaîtrons pas le nom, la vie reprend. Mathilde, la narratrice, se pose la question : « Aucun d’entre nous, je crois, n’aurait pu imaginer un bouleversement pareil, fait de violence, de haine, de terreur, où des hommes se sont comportés comme de bêtes sauvages, et où de nombreux innocents ont laissé leur vie… »
Mathilde se retourne sur les années qui viennent de s’achever. Elle peut à nouveau, comme son village, « respirer sans crainte », car « elles sont enfin terminées les années noires qui me font l’effet d’un interminable cauchemar ». Ce cauchemar, c’est la Révolution française.
Notre petite paysanne a dix-huit ans en 1788. Son père est fermier et loue ses terres au château. La vie n’est pas facile, une mauvaise récolte et l’on peut basculer dans l’indigence. Mais l’harmonie règne autour de l’abbé Souliez, respecté de tous. C’est également le cas du châtelain, un homme bon, mais doté d’une femme frivole et d’un fils volage qui ne pense qu’à conquérir les jeunes paysannes, sans se soucier de ce qui leur arrivera. De terribles épreuves les attendent.
Un jeune déteste cet ordre qui semble immuable, Sylvain, qui, enfant, a vu son père partir aux galères entre deux gendarmes. Pour peu de choses : il avait tiré sur les pigeons et les lapins du châtelain de l’époque qui fut impitoyable. Sylvain n’a jamais pardonné.
La révolution éclate, les villageois sont effrayés mais optimistes également. Au fond, tous ces impôts donnés au chatelain et à l’Eglise, ce ne serait pas mal d’entre être débarrassés. Mais l’ambiance devient lourde, l’abbé Souliez ne veut pas prêter serment, le Roi est emprisonné puis mis à mort, les guillotines se dressent à Douai ou Cambrai, tout bascule.
Marie-Paul Armand fait partie de ces auteurs régionaux qui font revivre leurs racines, celles du nord en l’occurrence. Remarquée pour La poussière des corons, elle connut le succès avec Le pain rouge. D’une écriture simple et agréable, elle nous raconte ce village, assez passif au fond, mais qui ne comprend pas pourquoi la haine envahit les cœurs. Personne ne se révolte, nous ne sommes pas en Vendée. Mais le prêtre est chassé et l’église fermée, alors ils vont aux messes clandestines en pleine nuit.
Mathilde va connaître le pire et son voyage au bout de la souffrance est très bien raconté. Ce roman se lit vite, avec plaisir et émotion.



