A Dresde, en février 1947, le policier Max Heller est appelé pour un meurtre. Un cadavre a été trouvé au bord de l’Elbe. Ce n’est pas n’importe qui : il s’agit d’un officier de l’Armée rouge. Voilà presque deux ans qu’elle occupe cette partie de l’Allemagne qui constituera bientôt un vrai pays appelé RDA, République Démocratique Allemande.
Un camion de l’Armée rouge est déjà là et va embarquer prestement le cadavre. « Pas vos affaires, camarades » dit un officier soviétique à Heller. Il faudra tout de même qu’il enquête, le crime ayant été commis sur le territoire allemand. Flanqué de son adjoint Werner Oldenbusch, Max Heller, tente de recueillir des indices malgré le froid polaire.
Des badauds sont attroupés. Un crime c’est une distraction dans la morosité ambiante où tout l’Allemagne meurt de faim, surtout dans la partie soviétique. Son attention est attiré par une jeune fille qui se faufile parmi les curieux. Elle semble avoir un but précis et finit par descendre vers le fleuve pour fouiller une haie à proximité de l’endroit où se trouvait le cadavre. Elle en sort un sac. Max et Werner bondissent : « Posez ça ».
Max lui arrache le sac, la jeune fille s’enfuit, et Werner ne peut la rattraper. Les policiers ouvrent le sac et trouvent une tête d’homme, proprement décapitée. L’affaire se complique, d’autant qu’aucun corps sans tête n’a été découvert récemment. Il va bien falloir discuter avec les Soviétiques, car il y a nécessairement un lien entre les deux découvertes macabres. Tout cela sera bien périlleux.
Franck Goldamer, qui vit à Dresde, a rencontré un grand succès en Allemagne avec les enquêtes du policier Max Heller. Mille diables est la seconde, écrite en 2017 mais traduite seulement en 2026. Il existe une grande différence entre les deux : la première se déroule à l’automne 1944 et la seconde pendant l’hiver 1947. Entre les deux, les alliés ont rasé cette ville, qui fut la perle de l’Elbe. C’était le 13 février 1945.
Sans aucune nécessité militaire, malgré les arguments avancés à l’époque, Américains et Anglais décidèrent de détruire Dresde, tuant des dizaines de milliers de civils.
Au-delà des péripéties de l’enquête, que le lecteur suit bien volontiers, c’est l’ambiance apocalyptique du roman qui est impressionnante. Les survivants du bombardement errent en quête de nourriture, les prisonniers de guerre reviennent au compte-gouttes dans une ville en ruine, leurs amis et familles bien souvent morts. Les innombrables orphelins se regroupent dans les ruines et la forêt, l’atmosphère est saisissante.
Une belle enquête sur fond de tragédie.


