En août 1941, les affaires vont mal pour l’Armée rouge. Ecrasée par les Allemands depuis deux mois, elle subit des pertes terribles et des millions de prisonniers. Mais tous les soldats ne reculent pas, tous les officiers ne sont pas désespérés. Et les ordres sont formels, ceux qui reculent seront fusillés.
En Biélorussie, un régiment reçoit l’ordre non seulement de tenir la position, mais de contre-attaquer. Un bataillon réussit une percée mais l’avancée allemande le surprend et il se trouve encerclé. Il faut le dégager sous le feu ennemi.
Engagé volontaire dès l’attaque allemande, Vassili Grossman va vite être nommé correspondant de guerre pour un journal du front. Conscient de ses qualités littéraires exceptionnelles, son rédacteur en chef l’envoie à l’arrière rédiger un roman sur l’héroïsme de l’Armée rouge.
Malgré ce carcan de départ, Grossman va très bien se sortir du piège du roman idéologique. La propagande n’est pourtant pas absente de son ouvrage mais le sens inné de la psychologie humaine de l’auteur fait que les personnages contournent la pesanteur marxiste pour exister par eux-mêmes. Et Grossman montre souvent son sens de la poésie : « Ils marchaient à travers les champs non moissonnés et, dans l’obscurité, au simple bruissement du grain qui tombe, au craquement de la paille sous le pied, au frôlement des tiges s’accrochant à leurs uniformes, ils reconnaissaient le blé, le seigle, le sarrasin et l’avoine. Et cette marche en lourdes bottes de soldats sur le corps délicat des récoltes non moissonnées, ce grain, bruissant telle une pluie mélancolique, qu’ils effleuraient dans le noir, parlaient au cœur de nombreux paysans. »
Deux immenses romans consacrés à la bataille de Stalingrad ont fait la gloire de Vassili Grossman, Pour une juste cause et Vie et destin, déjà chroniqués sur ce blogue. Le peuple est immortel, se lit fort bien mais l’auteur n’a pas encore atteint son sommet littéraire et le lecteur intéressé pourra donc le découvrir en apéritif ou en digestif des deux autres. Ils constituent, avec le Stalingrad de Theodor Plievier (côté allemand cette fois), ce qui a été écrit de plus beau sur une des plus grandes batailles de l’histoire.
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