Louis Châgniot, un citadin d’aujourd’hui, fait un mauvais rêve : une vieille maison s’effondre doucement, en prenant son temps et il assiste à ce désastre angoissant. Réveillé en sueur, Louis reconnaît alors cette maison qui fut celle de sa famille, en Bourgogne, pendant plusieurs générations.

Il l’a quittée enfant il y a quarante-cinq ans et n’y est jamais revenu. Sa femme n’aime pas la campagne et préfère le ski ou « la côte » en été : « Je veux vivre ma vie moi. On n’est plus au Moyen-Âge ! ». Alors il a oublié les vieilles pierres familiales.

Ce rêve le bouleverse car il est sûrement prémonitoire. Justement Madame Châgniot est partie skier avec leur fille. Louis se précipite dans la chambre de son fils et lui annonce leur départ immédiat car la maison a besoin d’eux. Le spectacle l’accable : le surnommé Loulou est vautré, l’œil vitreux, une seringue vide à côté de lui. Loulou, étudiant en sociologie (ce qui n’arrange rien), traîne son mal-être de toxicomane.

Qu’importe, il faut partir. L’arrivée dans son village natal stupéfie et ravit les anciens, Balthazar en particulier. Il prend « le drogué » sous son aile et l’initie aux secrets du terroir. Il lui montre notamment ses ruches clandestines, « ça ne regarde pas l’Etat », qui vont fasciner Loulou dont Balathazar veut faire son successeur comme « maître des abeilles ».

Ce petit roman est le dernier d’Henri Vincenot. Il avait prévu une suite mais il n’en n’eut pas le temps. Comme dans Le Pape des escargots on y retrouve la verve et le talent de cet écrivain hors-norme dont l’œuvre restera. Il y chante les traditions, le bon sens et, bien sûr, la Bourgogne d’un verbe impeccable.

De l’oxygène pur.

Le maître des abeilles, Henri Vincenot – Les livres que je lis