Dix ans après l’effondrement de l’Empire austro-hongrois, d’anciens officiers se réunissent à Vienne. Le narrateur y fait connaissance de l’aspirant Menis. Il le revoit ensuite dans les rues de la capitale d’un pays devenu minuscule, symbole déchu d’un empire perdu.
Menis a une manie, il s’approche de tous les mendiants, généralement anciens militaires mutilés, pour parler avec eux. Il finit par croiser un aveugle et cette rencontre le bouleverse car l’homme lui raconte qu’au cours d’une bataille sur un pont du Danube, en 1918, il ramassa l’étendard du régiment tombé à la suite de la mort de l’officier qui le portait. Il le tendit ensuite à un autre officier, l’aspirant Meinis. Ce fut sa dernière vision, une balle l’atteignit au visage et le rendit aveugle.
Meinis, très ému, donne tout ce qu’il a sur lui au mutilé et entraîne son ami pour lui conter son histoire. C’est celle d’un amour imprudent, de l’agonie tragique d’un grand empire et, bien sûr, d’un étendard.
Alexander Lernet-Holena fait partie des grands écrivains autrichiens. Jeune combattant lors de la guerre de 14, il vécut comme un drame la chute de l’Empire austro-hongrois. Lernet démontre cependant qu’elle semblait inéluctable par l’éclatement des nationalités que la défaite engendra : plus personne ne voulait obéir à Vienne.
Les paysans ruthènes voulaient rentrer chez eux, aidés par les Serbes, tandis les Hongrois rêvaient à leur indépendance et que les Tchèques faisaient bande à part.
Maintenant le rythme du roman par des aventures rocambolesques, notamment après la prise de Belgrade par les Anglais, l’auteur nous entraîne jusqu’au château de Schönbrunn où nous assistons au départ définitif du couple impérial, Charles et Zita.
Un bon roman sur un grand moment d’histoire.

