Vers le début du XXe siècle, dans le Canada français, Alban et Catherine Robillard décident de changer de vie. Le petit lopin de terre qu’ils cultivent ne suffit pas à nourrir leurs trois enfants, il faut aller ailleurs. Le beau-frère, Raoul, trappeur et coureur des bois, les a convaincus. Là-bas, plus au nord, il y a des terres vierges où l’on pourra recommencer.

Pour l’instant il n’y a rien. Un train est prévu affirme Raoul. Lorsqu’il sera là, un formidable élan économique va déferler sur ces contrées inhospitalières, alors il faut être les premiers arrivés. Mais la famille doit presque tout laisser, risquer sa vie et être prête à affronter les grands froids.

 Pour atteindre ces régions, un seul chemin : le fleuve Harricana qu’il faudra remonter à la force des bras, dans des embarcations légères fabriquées par Raoul selon les méthodes indiennes. En bon coureur des bois, il est devenu ami des Algonquins, ces Indiens pacifiques qui connaissent le pays comme personne.

 La famille part, nous sommes à l’automne, la grande aventure de ces Canadiens français commence.

 Bernard Clavel fut un écrivain français très (trop ?) prolifique. Cela n’empêcha pas son immense succès populaire. Sa saga du royaume du Nord, dont Harricana constitue le premier volume, fut beaucoup lue avant de tomber injustement dans l’oubli.

 Certes l’écriture est facile, comme il sied à un écrivain populaire, sans toutefois jamais être relâchée. Maria Chapdelaine, Trente arpents et Menaud maître-draveur, autres livres de ce blogue consacrés aux Français du Canada, sont sans doute littérairement supérieurs. Mais les personnages de Clavel sont attachants et les descriptions des paysages et des saisons parfois magnifiques. Le roman met un peu de temps à démarrer. Clavel s’attarde un peu trop sur les hésitations des protagonistes et le périple en bateau. En revanche, une fois arrivée à bon port, l’histoire devient passionnante.

 L’hiver va bientôt arriver (il sera terrible) et il faut vite construire son logement sommaire. Heureusement, la famille a été bien accueillie par les ingénieurs et les ouvriers qui travaillent à la construction du chemin de fer et de la gare. Leur aide sera précieuse, la solidarité des hommes de peine est édifiante.

 Les grandes joies et les grandes épreuves qui se succèdent rendent le récit très agréable, et parfois très émouvant, à lire. Une belle aventure où le courage et le dévouement forcent l’admiration que nous devons à ces Français du Canada qui firent honneur à notre pays.

Bernard Clavel