Une femme est en train de mourir. Jürgen Doskocil, son mari, assiste à l’agonie de son épouse. Elle ne l’aime pas et, même à l’approche de la mort, reste rancunière. Le mariage ne fut pas heureux.

 Pourtant, Jürgen est un homme bon. Il vit au bord d’un grand étang, et assure avec son bac, depuis sa maison isolée, le passage des villageois ou des voyageurs d’une rive à l’autre. Il est le passeur. A l’écart de tous, il vit aussi de pêche et d’un peu de culture, en harmonie avec la nature difficile mais très belle, de ce qui est sans doute la Prusse orientale. Son immense carrure lui fait subir les moqueries des enfants. Il en a de la peine, mais reste mutique et ne se fâche pas.

L’apparition d’un fermier et de sa fille, Marthe, va bouleverser sa vie. L’homme est un « réveillé », c’est-à-dire un converti à « L’église des mille jours », autrement dit l’église des Mormons. Un pasteur itinérant, Mac Lean, a multiplié les adeptes en leur faisant miroiter richesses et bonheur dans « la ville d’or », Salt Lake City, la capitale mondiale des Mormons. Cette église est particulière, puisqu’elle prône la polygamie, ce dont usent et abusent ses pasteurs.

Attiré par Marthe, Jürgen la recrute comme servante. Mais elle est belle et Mac Lean la convoite. Marthe va aimer Jürgen mais ne peut se défaire de l’emprise diabolique du pasteur. Une lutte à mort commence : il y a le bien, le mal et une jeune fille tiraillée.

Ernst Wiechert aime camper la lutte entre le bien et le mal, en lien avec la nature, arbitre ou observatrice magistrale et intemporelle des desseins maléfiques ou divins des hommes. Jürgen est le bien, la créature qui se soumet à Dieu et va se battre pour empêcher le mal de triompher. Mais il est parfois désarmé et manque d’autorité. Mac Lean est le mal, profite de la bonté de l’adversaire et se sert d’une doctrine divine dévoyée pour corrompre les jeunes filles. Marthe aimerait être bonne mais sa superstition, très répandue en ces lieux, la rende terrifiée par les menaces du pasteur.

Le grand écrivain, que les lecteurs de ce blogue ont pu découvrir grâce au magistral Missa sine nomine, pourront encore apprécier son talent littéraire. L’histoire est noire, certes, mais elle se lit avec passion, parfois avec effroi, toujours avec admiration face à un style d’une rare pureté.

Ernst Wiechert