En Moldavie roumaine, probablement dans l’entre-deux-guerres, deux gendarmes escortent Baldwin Brendan. C’est un universitaire irlandais venu étudier le mythe de Dracula et qui circule sans autorisation. Il est donc arrêté. Pas pour longtemps : une dizaine de brigands surgissent, volent les uniformes des militaires et repartent avec l’universitaire devenu leur otage.
Ce sont des Haïdouks, ces brigands légendaires roumains qui refusent l’injustice et le despotisme du pouvoir. Les paysans les soutiennent, leur popularité est immense. Depuis qu’un étudiant, Gaspar Novalis, a abattu le préfet de police en plein tribunal, il est devenu leur chef. D’autres les rejoignent et les Haïdouks constituent maintenant une armée où se mêlent intellectuels et paysans.
Deux brigands ont revêtu les uniformes et accompagnent l’universitaire qui sera leur sauf-conduit pour entrer à Pétrodova. En chemin, ils expliquent à Baldwin que son voyage dans les Carpates pour étudier Dracula est une humiliation pour les Roumains pétris de traditions chrétiennes et non de vampirisme. Certains développements religieux, en particulier sur les anges, sont passionnants tout au long du roman.
Les Haïdouks préparent un coup de main, car demain dans la petite ville, la tête de leur compagnon Lucian Fraga, abattu par les gendarmes, sera exposée. Ils ne peuvent l’accepter et veulent récupérer la tête pour l’enterrer dignement à côté du corps. L’arrivée impromptue d’une femme légendaire, Armina Decebal, et de son fils, l’étudiant le plus doué de Roumanie, va tout bouleverser.
Dracula dans les Carpates est un roman posthume dont le manuscrit fut retrouvé quinze ans après la mort du grand écrivain. C’est un roman magnifique. Remarquablement écrit (Gheorghiu rédigeait directement en français), il multiplie les rebondissements dont certains sont incroyables. Les personnages sont d’une puissance rare, en particulier Armina et son fils Decebal, le surdoué. L’ingéniosité des Haïdouks pour monter leurs expéditions est saisissante et le talent de Gheorghiu, écrivain si injustement oublié, éclate, impressionnant.
Après Les Immortels d’Agapia, La Condotiera et Le meurtre de Kyralessa, Dracula dans les Carpates (le seul hélas récemment réédité) nous plonge encore dans la Roumanie traditionnelle, avant son saccage par les barbares communistes, sur fond de luttes âpres et belles.
Ne passez pas à côté de Virgil Gheorghiu, un écrivain au talent rare.
Vous pouvez acheter ce livre sur le site Livres en famille :
https://www.livresenfamille.fr/a-decouvrir/28433-dracula-dans-les-carpates.html?aff=MTI6MTQ%3D



Cher Monsieur, J’avais lu à 20 ans la 25ème Heure et rien d’autre depuis de V. Georghiu. Votre éloge de Dracula m’a, comme à l’habitude, entraînée à acheter ce livre. Il m’a fallu un peu de temps pour rentrer dans ce roman en raison du style lapidaire, et des retours incessants sur les événements passés jusqu’à ce que je comprenne que ces répétitions sont là pour persuader le lecteur qu’il ne rêve pas. Aujourd’hui où la Roumanie a voté pour son président et où l’on entend dire qu’il y a un million de morts qui n’ont pas été retirés des listes électorales, ce roman est prophétique.
Mais sa lecture m’a ramenée à une question posée récemment par l’un de mes petits-enfants de 14 ans : quand on est catholique, on ne ment pas. Il me disait cela suite à sa lecture d’un autre livre recommandé par vous : l’espion et le traître, où il voyait dans le métier d’espion une incompatibilité avec la foi.
Si je lui prête ce livre (car ce petit-fils lit beaucoup), il me posera la même question. Il ne s’agit pas là d’un métier mais de circonstances et la question reste pendante. Je suis confiante que vous allez m’apporter une lueur de réponse. Merci.
Yvette Belin
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Chère Madame, permettez-moi de corriger une erreur : je n’ai jamais recommandé L’espion et le traître que je n’ai d’ailleurs pas lu.
Votre petit-fils a raison, il ne faut pas mentir et le métier d’espion n’est sûrement pas compatible avec la foi.
Pour Gheorghiu, je ne me rappelle pas de mensonges légitimés par l’auteur dans ce délicieux livre.
Si Dracula ne vous pas beaucoup plu, je vous recommande Le meurtre de Kyralessa, mon préféré. Ma petite-fille, qui a le même âge que votre petit-fils, l’a dévoré.
Bien à vous
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Cher Monsieur,
Merci pour votre réponse. Oui, pardon pour l’erreur sur un ouvrage que j’imaginais venant de votre site… cela vient du fait que je lis beaucoup de vos livres recommandés ! Dans Dracula, les mensonges ne sont effectivement pas légitimés par l’auteur mais ils existent, entre autres dans la ruse, apparentée à la ruse troyenne, du complot sanitaire. Je sais que je vais avoir une remarque de ce petit-fils du style « la fin justifie-t-elle les moyens ? »
Concernant Dracula, une fois le style apprivoisé, je ne l’ai plus lâché, la poésie opère, l’histoire est fantastique au vieux sens du mot.
Merci pour la recommandation du Meurtre de Kyralessa, je le retiens pour les 15 ans de mon Baudouin en août.
Très cordialement.
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