Amazon.fr - La Puissance et la Gloire - Greene, Graham - Livres

Au Mexique, dans les années 1920, la persécution religieuse fait rage. Les prêtres doivent fuir ou être impitoyablement fusillés. Quelques-uns, comme le père José, se marient pour ne pas mourir. D’autres ne renoncent pas et choisissent la clandestinité.

C’est le cas de ce prêtre, héros du livre, dont la fuite misérable, de village en village, ressemble à un chemin de croix. Il n’est guère exemplaire : alcoolique et pêcheur, il a même eu une fille avec une villageoise. Il se reproche constamment ce péché et se juge indigne d’être sur la voie du martyre : « Tout cela est très bien…pour les saints » pense-t-il.

Accablé par son indignité et par l’impossibilité de se confesser, il persévère pourtant. Traqué par les gendarmes, il dit des messes comme il peut et confesse au milieu de la nuit. Deux fois il tente de fuir et réussit presque. Mais on vient le chercher à la dernière minute pour confesser un mourant. Il soupire mais revient sur ses pas : au fond il sait qu’il n’a pas le choix et l’accepte malgré une peur indicible qui le suivra jusqu’au bout.

Les personnages qu’il croise sont médiocres voire sordides : « C’est pour ce monde que le Christ est mort. Plus l’on voit de corruption autour de soi, plus la gloire qui entoure sa mort resplendit. » Seule une petite fille, lumineuse, qui va le cacher, sera un air pur dans ce cloaque parfois oppressant. Et cet adolescent, qui écoute, exaspéré, les histoires pieuses de sa mère mais qui fera le geste salvateur final.

Devenu catholique par son mariage, Graham Greene fut un croyant tourmenté aux questions multiples et angoissées. Un voyage au Mexique le sensibilisa à l’incroyable persécution religieuse qui sévit dans ce pays et provoqua la lumineuse révolte des Cristeros. Mais ce n’était pas le tempérament de Greene de nous dépeindre de jeunes et purs héros. Il a préféré accompagner la faiblesse humaine à travers ce prêtre qui se demande si le choix de la clandestinité n’est pas un acte d’orgueil tant il se sent indigne.  Très bien écrit, ce roman dégage une force étonnante et l’on sort impressionné de sa lecture. Mais c’est aussi un roman qui divise et certains penseront peut-être que l’auteur n’était pas obligé de choisir un héros si faible. C’est en tout cas de la vraie littérature.

Graham Greene: Our Man in Antibes - Rolling Stone