« Toute l’affaire commença par une maladresse dont j’étais d’ailleurs excusable, une « gaffe » comme disent les Français. Puis vint le désir de réparer cette gaffe. Mais quand on veut remettre trop vite en place une roue dans une montre on finit le plus souvent par en briser tout le mécanisme. Même aujourd’hui, après des années, je n’arrive pas à fixer la limite où a fini ma maladresse et où a commencé ma faute. »
Jeune lieutenant de uhlans d’un régiment austro-hongrois, Anton Hofmiller parvient à se faire inviter à un dîner dans la plus riche famille la région, habitant un château entre Vienne et Budapest, les Kekesfalva. Anton arrive en retard au dîner, mais est bien accueilli par le maître de maison, triste et aimable. Il est placé à côté de la charmante jeune fille aperçue quelques jours auparavant chez le meilleur pâtissier de Vienne. La description de son apparition chez le commerçant est, déjà, un petit bijou de délicatesse autrichienne : « Tout à coup, la porte s’ouvre et, avec une bouffée d’air frais, entre dans une grande jupe virevoltante une charmante jeune fille : des yeux bruns en amande, le teint mat, coquettement vêtue, un visage nouveau dans cette affreuse monotonie. Vive et altière, elle se dirige droit vers la caisse et commande des gâteaux, des tartes et des liqueurs. Tout de suite, la façon très obséquieuse dont M. le pâtissier s’incline devant elle, frappe mon attention. Jamais encore je n’avais vu la couture de son habit si fortement tendue sur son dos ».
Le dîner se passe, les danses commencent. Anton invite sa délicieuse voisine, quelques autres jeunes filles également. La soirée est déjà bien avancée lorsqu’Anton se rend compte qu’il n’a pas encore invité la fille du maître de maison, Mademoiselle de Kekesfalva. Empressé, il la cherche à travers les salons et finit par la trouver, maigre et pâle, assise entre deux vieilles dames. Il s’incline : « Permettez-moi, mademoiselle… »
Une scène affreuse suit. La jeune fille pâlit, rougit, s’accroche à la table, tandis que ses augustes voisines s’efforcent de la calmer. Que s’est-il passé ?
Anton fera tout pour répare la gaffe dont il est question dans l’incipit. Tout et donc trop. Et il versera dans ce piège mortel qu’est la pitié : « Molle et sentimentale, qui n’est en réalité que l’impatience du cœur de se débarrasser le plus vite possible de la pénible émotion qui vous étreint devant la souffrance d’autrui, qui n’est pas du tout la compassion ».
Le talent de Zweig est indémodable, et La pitié dangereuse est son seul roman. Ne le manquez pas.


Ce roman m’a laissé une profonde impression. Surtout les dernières pages qui mettent en parallèle le héro impuissant à rester cohérent avec lui-même et son contraire, celui qui a eu le courage d’épouser une femme inépousable…
Et si ce héro avait accepté de se sacrifier n’aurait-il pas été grandi?
Mais alors le roman aurait été marqué d’un optimisme étranger à Stefan Zweig.
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excellent roman mais assez sinistre
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