Certains livres sont un moment de grâce.

En refermant les 1100 pages des Vaincus, le lecteur sait qu’il vient de finir, à regret et bouleversé, un chef d’œuvre.

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L’auteur, Irina Golovkina, a subi la révolution bolchévique de plein fouet. Sa famille, ses amis ont été impitoyablement pourchassés, déportés, assassinés par un régime qui voulait faire table rase du passé. Pour cela, un seul moyen : éliminer tous ceux qui représentent la Sainte Russie et qui doivent disparaître pour laisser la place à l’homme communiste.

Irina Golovkina a écrit ce roman dans les années 50 et 60, clandestinement bien sûr. Elle a mis en scène sa propre famille à travers Oleg, jeune officier blanc grièvement blessé dans les derniers combats de Crimée en 1921 et soigné avec dévotion par Iolotchka, celle pour qui « le monde entier était désormais recouvert d’un voile funèbre ».  Leur histoire poignante est racontée avec une force et un talent saisissants.

L’auteur, morte en 1989, ne verra pas la sortie de son livre car il faudra attendre la chute de ce régime barbare pour qu’il soit publié en 1992. Ce fut un immense succès dans cette Russie enfin libre. Il n’a été traduit en France qu’en 2012 par les Editions des Syrtes dont on peut souligner ici la grande qualité du catalogue.

Lisez ce livre qui avec l’Archipel du Goulag, est un magnifique témoignage de l’horreur communiste en Russie, la trame romanesque en prime. Vous accompagnerez l’héroïque Oleg, la douce et fragile Assia, la pure Iolotchka, et l’admirable grand-mère, Natalia Pavlovna qui voit s’effondrer son monde et qui affronte les épreuves avec une dignité et un courage qu’on aimerait bien être sûr d’avoir dans de telles circonstances.

Ces Vaincus méritent qu’on lise leur histoire et, sur le plan littéraire, c’est un des plus beaux romans qui soit.

Editions des Syrtes 2012