Titus et Bérénice s’aiment. Il est le fils de l’Empereur Vespasien et elle, Reine de Palestine. Titus a tout promis à Bérénice, mais lorsqu’il devient empereur, il ne peut plus se mentir à lui-même (« Mon cœur se gardait bien d’aller dans l’avenir ») car les lois de Rome sont strictes et un empereur romain n’épouse pas une reine, étrangère de surcroît.

 Titus tente de fuir l’entrevue fatale avec sa bien-aimée qui espère encore, non pas devenir impératrice, mais épouser l’homme qu’elle aime. Il la voit finalement, et, par des vers magnifiques, lui demande de renoncer à leur amour.

 Bérénice se désespère :

 « Eh bien ! il est donc vrai que Titus m’abandonne ?

 Il faut nous séparer : et c’est lui qui l’ordonne ! »

 Titus implore son aide :

 « Contemplez mon devoir dans toute sa rigueur.

 Vous-même, contre vous, fortifiez mon cœur ; »

 Bérénice pense à se tuer, tout comme Antiochus, l’ami de toujours, amoureux en secret. Titus est dépassé, hésite, et Bérénice va se révéler la plus grande quand elle comprend qu’elle est toujours aimée, ce qui, pour elle, est finalement l’essentiel :

 « J’ai cru que votre amour allait finir son cours.

 Je connais mon erreur et vous m’aimez toujours.

 Adieu Seigneur, régnez, je ne vous verrai plus. »

 La pièce se termine sur des vers admirables, dont un des plus célèbres :

 « Je l’aime, je le fuis ; Titus m’aime, il me quitte ; »

 En écrivant Bérénice, Racine a voulu évoquer les amours contrariées de Louis XIV et Marie Mancini. Mazarin exila sa malheureuse nièce à Brouage pour que le roi épouse l’infante d’Espagne, geste politique jugé indispensable.

 Mais cette pièce, c’est aussi Racine qui supplante Corneille et son Tite et Bérénice. C’est enfin et surtout le génie du XVIIe siècle qui éclate. Il représente l’apogée de l’intelligence française, non seulement politique, mais aussi intellectuelle, et ce n’est pas un hasard.

 Si l’on ajoute Molière, La Fontaine, Pascal et bien d’autres encore, nous pouvons contempler, parfois avec vertige, la grandeur de ce siècle, qui a fait, peut-être plus que les autres, la gloire des lettres françaises.

 L’auteur de ce blogue doit confesser que la naissance d’une petite-fille prénommée Bérénice l’a poussé à relire cette pièce. C’est l’occasion de souhaiter à cet enfant plus de bonheur que n’a connu l’héroïne de Racine.