« Le jour que la grande cathédrale de France brûlait aux yeux du monde entier, Satan, qui eut le sentiment de puiser davantage d’orgueil de l’évènement en lui-même que de l’antique corruption de son propre cœur, monta avec les fumeroles des combles pour contempler dans une ascension maléfique tout le panorama de son apothéose. »
Dans un prologue impressionnant, l’auteur campe un décor pour le moins original. Les affaires vont plutôt bien pour le démon : le monde, dans sa corruption croissante, lui appartient. La gent politique, les journalistes (délicieusement appelés « les colporteurs des effluves de la peste ») le servent avec dévotion. Mais Satan n’est pas encore satisfait car il reste « des chevaliers de l’idéal » auxquels il va falloir s’attaquer.
L’un d’eux, Théophile de Saint-Chasne, entre à l’Education pour Tous, joli nom qui a remplacé l’Education nationale, pour enseigner les lettres à la jeunesse. Il récuse le jargon et les méthodes au goût du jour. Il se heurte fatalement à la machine infernale dont la hiérarchie va s’employer à broyer l’insolent. Tristement, Théophile sent que la partie va tourner à son désavantage : « Depuis que je suis professeur de littérature, de littérature il n’est plus question. » Satan va alors intervenir pour aider le chevalier et ainsi le corrompre.
Ce premier roman d’un auteur inconnu sort tout à fait de l’ordinaire. Lui-même professeur de lettres, Jérémie Delsart, démonte avec un talent exceptionnel le léviathan éducatif qui n’enseigne plus. Même si le lecteur a une idée du naufrage de l’école, la description implacable qu’en fait l’auteur va au-delà de ce qu’il croyait savoir. Il utilise pour cela une langue très pure, riche sans être pédante (même si certains critiques le pensent à tort) qui lui permet de souligner la pauvreté du jargon moderne.
La fin pourrait décevoir (n’en disons pas plus) mais le moral remonte quand nous lisons « fin du premier tome » sur la dernière page. Tout n’est peut-être pas perdu pour Théophile et nous attendons avec impatience la suite de ses aventures.
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Incroyable récit d’une descente aux enfers pour ladite éducation nationale. Par moments, on se dit : est-ce possible ? Mais oui, j’ai travaillé moi-même dans les années 80 dans une université « catholique » au sein de l’institut des sciences de l’éducation en tant que secrétaire. J’avais constaté les prémisses des dégâts et encore je n’en mesurais pas l’ampleur. La langue, ici, est magnifique et reposante. Il existe encore des professeurs qui savent la manier avec art. Merci pour cette découverte.
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