Staline, qui avait du sens pratique, décida de regrouper dans une prison à Moscou des scientifiques russes de haut niveau. Condamnés pour avoir été prisonniers des Allemands ou sous d’autres prétextes, ils devaient travailler toute la journée dans leurs spécialités. Mais ils pouvaient dormir et manger normalement, conditions nécessaires pour travailler efficacement. Des zeks (prisonniers) qu’il faut ménager. Ils étaient ainsi dans le premier des neuf cercles de l’enfer décrit par Dante dans La Divine comédie. On appelait cette prison adoucie les charachkas. C’est la vie de ces prisonniers hors du commun, que nous raconte Soljenitsyne dans ce livre.
Le premier chapitre commence comme un roman d’espionnage. Innokenti Volodine, diplomate et haut fonctionnaire, tourne dans son bureau, angoissé. Doit-il prévenir ? Il se décide, court à une cabine publique et téléphone à l’ambassade américaine : « Ecoutez, ces jours-ci à New York un employé de l’ambassade soviétique doit se faire remettre dans un magasin de radio des pièces de première importance pour la fabrication d’une bombe atomique. »
Nous sommes en 1949, l’Union soviétique n’a pas encore la bombe et met tout en œuvre pour l’obtenir. Et bien sûr à la charachka il y a des spécialistes du téléphone et de l’étude des voix humaines. Il sera peut-être possible d’identifier le traître.
Dans ce roman magistral, Soljenitsyne nous dresse des portraits saisissants de ces intellectuels qui souffrent, travaillent, débattent et ironisent beaucoup. Leurs épouses, encore plus solitaires, se désespèrent souvent.
Leg Roubine est toujours marxiste et subit les railleries de Dmitri Sologdine. Le plus attachant est le mathématicien Gleb Nerjine qui ne concède rien, mais sa femme ne supporte plus cette situation. Il y a aussi les mouchards qu’il faut identifier, ou les héros comme Hilarion Guerassimovitch qui refuse de fabriquer une caméra espion car il n’est pas là « pour mettre d’autres gens en prison ».
Une première version du Premier cercle fut publiée en occident en 1968. Après son exil, Soljenitsyne fera des ajouts portant son ouvrage à près de 1000 pages, mais sans changer la construction du roman. Les deux versions peuvent donc se lire.
Ce voyage chez ces zeks intellectuels est un grand moment de littérature. En dépit de certains débats parfois obscurs (rarement tout de même) et du grand nombre de personnages (nous sommes en Russie), le lecteur découvrira que Soljenitsyne n’était pas seulement un héros et un visionnaire, mais aussi un magnifique romancier.
Un grand livre écrit par un grand homme.
Vous pouvez acheter ce livre sur le site Livres en famille :




Comment faire la différence entre les différentes éditions pour avoir la version augmentée ? (un poche a naturellement plus de pages…) Merci
J’aimeJ’aime
Bonjour, ne vous inquiétez pas, toutes les éditions récentes sont avec la dernière version de Soljenitsyne.
J’aimeJ’aime