« On donnait un bal dans la vieille maison des Pentland, car pour la première fois depuis bientôt quarante ans il y avait dans la famille une jeune fille qu’il fallait présenter à la bonne société de Boston et aux privilégiés qu’on avait priés de venir de New York et de Philadelphie. »

 Sybil Pentland revient en effet d’un long séjour à Paris, voyage qui avait scandalisé la société bourgeoise de la région, et il faut la présenter au monde. Sa mère, la très jolie Olivia, a organisé ce bal en compagnie de sa cousine Sabine Callendar.

Elles sont aussi dissemblables que possible. Olivia est douce, posée, souriante. Elle a épousé Anson, l’héritier Pentland et fait l’unanimité autour d’elle. Mais le mariage n’est pas heureux. Sabine est son contraire. Sa vie fut agitée et elle aussi revient d’une longue absence mais avec un divorce à la clé. Elle n’est pas la bienvenue et va régler ses comptes.

Olivia s’ennuie, se consacre à son unique fils qui a une bien mauvaise santé. La lignée des Pentland va-t-elle disparaître ? Cette perspective consterne le patriarche, John Pentland, vieil homme mystérieux, accablé d’épreuves, fragile sous son écorce. Olivia et lui ont noué une solide relation affectueuse. Pour John, seule Olivia peut perpétuer la tradition mais Olivia est fatiguée de l’hypocrisie puritaine.

Louis Bromfield (Mississipi), connut le succès aux Etats-Unis, dans l’entre-deux guerres. Précoce automne obtint d’ailleurs le Prix Pulitzer de la fiction en 1926.

Ce roman se lit avec bonheur et dégage une atmosphère très américaine de début de siècle (le XXe bien sûr). Un monde est en train de s’effacer et ne le comprend pas. Il s’accroche à son passé, aussi trouble soit-il, et, symbolisé par l’odieuse tante Cassie, perpétue cette tyrannie morale où seule l’apparence compte.

Ce roman, parfaitement écrit, constate l’échec de ce monde qui a rendu tant de gens malheureux, où l’exercice naturel de la liberté est définitivement entravé, où l’amour charnel d’un mari et de sa femme n’est pas convenable.

Précoce automne fait le procès, non de la morale familiale, mais du puritanisme. Le réquisitoire est implacable et littérairement fort talentueux. Un brillant roman qui se lit avec bonheur.

Louis Bromfield