Mark-Alem Quprili est un homme heureux : il vient d’être recruté pour une fonction encore inconnue au Tabir Sarrail, le palais des rêves. C’est une administration très particulière. Mystérieuse, secrète même, c’est là que sont lus, analysés, interprétés tous les rêves faits et racontés par les sujets de l’Empire ottoman. Chaque semaine, un rêve sélectionné atterrit sur le bureau du Sultan. Des décisions importantes pourront être prises en fonction de la nature de ce rêve et de sa signification.
Issu de la famille albanaise illustre des Quprili, Mark-Alem sait qu’entre sa famille et le palais des rêves, des liens étranges existent. Les Quprili, au cours de leur longue histoire politique, alternent entre toute puissance puis disgrâce. Qu’en est-il aujourd’hui ? Tout est opaque et Mark-Alem est sur ses gardes en permanence.
Un jour, un rêve attire son attention : un instrument de musique dans un terrain vague qui rend furieux un taureau près d’un pont. Ce rêve va tout déclencher.
Le grand écrivain albanais Ismaël Kadaré (ne ratez pas Les tambours de la pluie) a longtemps vécu sous la dictature communiste d’Enver Hoxha qui terrorisa l’Albanie pendant des décennies. Pour être publié, Kadaré devait utiliser des métaphores complexes.
Le palais des rêves en est un exemple emblématique. Derrière les songes de tout un peuple, c’est une implacable tyrannie qui fonctionne et fouille les cerveaux.
Comme toujours, le style de Kadaré rend la lecture de ce livre très prenante et l’atmosphère étouffante de la dictature est parfaitement restituée.
Un beau roman, sombre et brillant.



